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Actu-Vénissieux / Sports Vénissians

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Toute l'actualité de la vie sociale, économique, politique, sportive et culturelle de Vénissieux

Luis Fernandez « le petit bonhomme » des Minguettes

1918878-2634333Nous aurions pu  aussi nous étendre sur l'affaire des "quotas" qui secoue le landernau footballistique. Bi-nationaux, remue-méninges  à la FFF, malaise en France,  bref des relents nauséabonds qui prouvent bien  que le sport et le football ne vivent pas en dehors d’une société bien malade. A notre façon, nous avons préféré vous parler justement  d'un de ces "étrangers" . Or il se trouve qu'à Vénissieux, nous en avons connu un dont la carrière de  joueur, tant en club qu'en Équipe de France , puis d'entraîneur fait, autant que son tempérament, de lui une grande figure du football français. Vous l'avez reconnu, il s'agit bien évidement de Luis Fernandez.
Si beaucoup de joueurs, qui ont défendu sur les terrains de football les couleurs françaises, sont issus de l'immigration, tout en avouant sa fierté d'être français, Luis  déclare ainsi fréquemment devant les médias l'importance de "ne pas oublier d'où on vient", écrivant même qu'il demeurera toujours "l'enfant espagnol des Minguettes" (source L. Fernandez) 

 

Le nom de Luis Fernandez m’évoque plein de souvenirs. Peut-être parce que je suis Espagnol tout comme lui . Lui est né à Tarifa, moi à Séville, deux villes de  cette Andalousie terre des migrants, terre de main d’œuvre   pour la Catalogne toute proche où la région Rhône-Alpes si loin pour d’autres. Luis bien-sûr je l’ai vu comme tout le monde à la télévision du temps où avec Tigana, Giresse et Platini , il constituait le « carré magique » d’une équipe de France qui aurait dû être récompensée à sa juste valeur par un titre mondial tant était immense ses talents. Auparavant je l’avais croisé sur le plateau des Minguettes où mes parents avaient aménagé en 1971. Luis, c’était la petite vedette du club des Minguettes. L’enfant de la Darnaise, moi j’habitais Léo Lagrange. Je l’ai vu plusieurs fois ballon au pied alors qu’il était encore cadet et qu’il évoluait déjà avec les juniors.  Etant âge de 6 ans de plus que lui, je n'ai pas pu jouer contre lui, bien que je sois  licencié au CO St Fons. Ce  fut mon frère Fernand qui eut cette chance, lui le portier bondissant d’une équipe junior sanforniarde respectée alors dans  le panorama du football national. Ce jour , Luis ne fût pas bon, mon frère par contre oui. L’ASM perdit 3 à 1.
h-4-1184261-1263537104Peut-être que Luis se projetait déjà dans sa future aventure sanpriote.

Luis avait déjà ce tempérament, certains diront d' extraverti. Ceux-là ne connaissent par la fierté et l'orgueil des Andalous. Blas Infante un auteur espagnol est celui qui le définit le mieux la spécificité du caractère de  l'Andalou : " Peut-être un peu exagèré" . L'Andalousie c'est cette terre qui a vu trois religions se côtoyer  bien avant qu’on parle de mixité, de respect. Il est vrai que cela s'est fini en Inquisition. Mais cet Eden a existé. 

Luis Fernandez est une grande figure du football français. Il aurait pu l’être aussi de l’autre côté des Pyrénées. Luis a vécu comme bon nombre d’immigrés le déracinement. Le voyage Andalousie / France via Irun ou Cerbère vers le service de l’immigration dans ces  bonnes villes basque et catalane. Un passage obligatoire pour tout Espagnol venant avec sa famille travailler  dans une industrie française avide de main d’œuvre, « trente glorieuses » oblige. Un service immigration "clinique" qui était un vrai cauchemar pour beaucoup , un endroit  où l’humanité n’était pas une des qualités les plus partagées. Une expérience qui vous marque, qui m’a laissé une trace indélébile et qui a traumatisé également le petit Luis.

La suite de ce récit  que j’aurais pu faire si « le petit bonhomme » était plus joignable (Luis est peut-être d'attaque mais n'a pas  répondu à nos sollicitations ) est l'oeuvre de  Stéphane Mourlane, LS2RS de l'Université de Nice.

 

Au travers de ces quelques lignes, on comprend mieux le personnage.

 «  C'est en Espagne que Luis Fernandez vient au monde  le 2 octobre 1959. À Tarifa, cité andalouse, les revenus de son père, camionneur, suffisent à peine pour subvenir aux besoins d'une famille de six enfants . Cette précarité les conduit sur les chemins de l'exil. Celui-ci les mène tout d'abord à Barcelone, grand centre urbain et industriel susceptible d'offrir des emplois, où une cousine de la mère peut les accueillir. Cette solidarité familiale est également à l'origine du départ en France à la mort du père en 1966.
C'est en effet à l'initiative de deux oncles installés à Vénissieux, dans la banlieue lyonnaise, que la mère décide de s'expatrier en compagnie de ses six enfants. Cette démarche s'inscrit dans le prolongement du fort courant migratoire en provenance d'Espagne entre 1956 et 1964 (À partir de 1965, l'émigration espagnole vers la France diminue progressivement) : la famille Fernandez rejoint ainsi près de 500 000 de leurs compatriotes implantés en France . Au recensement de 1968, les Espagnols ravissent la première place aux Italiens dans le classement des nationalités les plus représentés dans l'Hexagone. À noter que le Rhône est après Paris, l'Hérault, les Pyrénées-Orientales et les Bouches-du-Rhône, le département où l'on compte le plus grand nombre d'Espagnols.(Cf. INSEE). Les oncles disposant d'une situation socioprofessionnelle stable - l'un est camionneur, l'autre est imprimeur - facilitent l'accueil en trouvant un emploi aux deux garçons en âge de travailler et en fournissant le gîte dans une petite maison à proximité de leur domicile. En 1968, les Fernandez s'installent au onzième étage d'une des premières tours édifiées dans le quartier des Minguettes, une de ces zones à urbaniser en priorité (ZUP), symbole de la modernité, chargées de résorber la crise du logement qui accompagne les Trente glorieuses.
Dans ce qu'il définit lui-même comme "une tour de Babel" qui reçoit, aux côtés des Espagnols et des Portugais, le flux migratoire croissant de Nord-Africains, Luis Fernandez apprend difficilement le français : l'espagnol est la langue domestique. Au-delà de la langue, les liens avec le pays d'origine sont maintenus par des séjours annuels lors des vacances estivales. Dans ces conditions, au collège, comme nombre d'enfants de migrants, il entre en sixième de transition avant d'être orienté rapidement vers une filière technique. Dans le même temps, il commence à jouer au football à l'AS Minguettes où il signe une licence portant la mention "étranger". Cette référence à sa différence, le jeune Fernandez la subit sur les terrains de football où il est fréquemment traité "d'espinguoin", quolibet auquel il réagit violemment.  Ce qui lui vaudra une suspension de 6 mois. Et, s'il estime avoir "eu la chance de ne jamais souffrir du racisme", c'est surtout au regard du traitement infligé à ses coéquipiers et camarades maghrébins, plus "visibles", pour lesquels il n'admet pas les marques de discrimination, notamment à l'entrée des discothèques (source L.Fernandez).
Il n'en reste pas moins que, par la suite, sa nationalité constitue un obstacle à l'épanouissement de sa passion au niveau professionnel. Ainsi, alors qu'il occupe un emploi d'aide-électricien dans une chaudronnerie, ses qualités de joueurs de football lui permettent d'effectuer un stage dans le club de Nancy qui évolue en Première Division. En dépit de la bonne impression laissée aux dirigeants lorrains, le président lui indique qu'il ne peut l'intégrer à son effectif car il est étranger (source L.Fernandez). Au Paris-Saint-Germain, où il effectue tout de même ses débuts professionnels en 1978, il lui est interdit de s'installer durablement dans l'équipe pour la même raison puisque le club a recruté deux joueurs confirmés à l'étranger : le portugais Alvès et le brésilien Abel. Dans les deux cas, il est victime du règlement de la Fédération française de football qui n'autorise que deux étrangers par équipe (Ce règlement ne distingue pas les joueurs venus directement en France intégré une équipe de ceux nés à l'étranger et venus en France durant leur enfance ni même ceux nés en France de parents étrangers. Cf. A. Wahl, P. Lanfranchi, Les Footballeurs professionnels des années trente à nos jours, Paris, Hachette, 1995, p. 129.). Son entraîneur, convaincu par ses performances, ne lui en fait pas mystère. Certes la
Luis Fernandezblessure d'une des recrues étrangères lui permet d'être incorporé à l'équipe, cependant il décide, afin de lever l'hypothèque que peut représenter sa nationalité pour la suite de sa carrière, de demander la naturalisation qu'il obtient sans difficulté en janvier 1981. Bien qu'il admette "se sentir tout autant français qu'espagnol" (source L. Fernandez), la naturalisation constitue évidemment une étape cruciale qui le conduit vers une assimilation pleinement vécue une fois sélectionné en Équipe de France (le 10 novembre 1982). Il déclare en 1986 : "Aujourd'hui quand je porte le maillot de l'équipe de France, je ne pense pas à mes origines. Je me sens beaucoup plus français qu'espagnol" À l'évidence, endosser le maillot tricolore constitue un acte symbolique qui agit comme un puissant vecteur d'identification nationale
Il reste toutefois marqué par son milieu d'origine. L'éclosion dans l'opinion de la question des banlieues, de ses malaises et de ses violences, dont les Minguettes constituent un miroir aux puissants reflets dans les années quatre-vingt, participe à coller une "vilaine étiquette" (source L. Fernandez) à un joueur généreux dans l'engagement sur les terrains de football. Par ailleurs, il conserve des liens très forts avec l'Espagne où sa mère a choisit de retourner aux côtés de nombreux membres de sa famille. Par la suite, sa carrière d'entraîneur le conduit à exercer sa profession dans la péninsule ibérique, de 1996 à 2000, à l'Athletic club de Bilbao. (16) Depuis, il ne cache son inclination pour la Liga, non seulement d'un point de vue sportif mais également sur le plan de son environnement culturel.
En définitive, si les premières étapes du parcours migratoire de Luis Fernandez s'apparentent à tant d'autres récits de vie dont l'ensemble constitue l'histoire de l'immigration, les suivantes posent la question du rôle intégrateur et socialisateur du sport .Quand Luis Fernandez dit que "le foot, ce fut la chance de ma vie" (Cité in L'Équipe, 28 janvier 1986.), il évoque autant un aiguilleur détournant des voies de la délinquance, qu'un formidable ascenseur social. Conscient des effets pervers du sport professionnel, notamment par sa sélectivité, il ne manque pas cependant de rappeler dans les médias que le sport n'est pas seul en mesure de régler les questions sociales nées de l'immigration. De fait, il met sa notoriété au service d'une valorisation plus générale des richesses culturelles que véhiculent les enfants de l'immigration, souvent stigmatisés, aux Minguettes comme ailleurs.
»

 

Photos : © Droits réservés

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del rey 12/05/2011 20:07


tres beau reportage , pour ce grand homme...respect l 'andalou !