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Actu-Vénissieux / Sports Vénissians

Actu-Vénissieux / Sports Vénissians

Toute l'actualité de la vie sociale, économique, politique, sportive et culturelle de Vénissieux

Politique de la ville en France : Quels constats ?


La politique de la ville, dans les quartiers en difficulté, est une vieille histoire.

Comme dit la journaliste Natacha Polony : « La France est spécialiste des budgets à 40 milliards. 40 milliards pour le logement, on voit ce que ça donne, 40 milliards pour la formation professionnelle, c’est encore pire et donc 40 milliards depuis 40 ans pour la politique de la ville et, là aussi, le résultat est accablant. »


Pour faire le contrepoids à l’éditorialiste de Marianne, le Général De Gaulle disait : «  C’est purement négatif de toujours remettre tout en cause, c'est, en somme, la marque des faibles, des incapables. »

Est-ce le cas ?



Afin de se rafraîchir la mémoire, un peu d’histoire de cette politique sociale d’État est souhaitable !


Le premier plan banlieue « Habitat et vie sociale » fut décidé en 1977 sous la présidence de Valéry Giscard D’Estaing (droite).
C’est à la suite des émeutes des Minguettes en 1981 que fut planifie par François Mitterand (socialiste), « Banlieues 89 » qui avait pour objectifs de désenclaver et d’enjoliver les quartiers dits populaires. 

En 1996, sous la présidence de Jacques Chirac (droite) qui dénonçait dans son programme la fracture sociale, l’État créé les ZUS (zones urbaines sensibles), les ZFU (zones franches urbaines) et les ZRU (zones de redynamisation urbaine).
En 2000, son gouvernement impose la loi SRU aux villes des grandes agglomérations d’offrir au moins 20 % de logements sociaux (1).
En 2003,  la loi Borloo crée un observatoire national des zones urbaines sensibles (l’actuel Observatoire national de la politique de la ville) et prévoit la construction, la réhabilitation et la destruction de logements sociaux. 

Suite aux émeutes de 2005 dans les banlieues, il est procédé à la création de préfets délégués à l’égalité des chances et de 41 ZFU supplémentaires.
En 2008 sous la présidence de Nicolas Sarkozy (droite), la ministre Fadela Amara porte le plan « Espoir banlieue » pour lutter contre le chômage.
En 2014 sous la présidence de François Hollande (socialiste), le gouvernement cible 1 300 quartiers prioritaires (au lieu de 2 500).

À partir de 2018, sous la présidence d’Emmanuel Macron (centre), le gouvernement d’Édouard Philippe annonce une sanctuarisation des moyens mais les maires réclament un doublement de ces crédits, un fonds d’urgence et un ministre de la Ville érigé au rang de ministre d’État.


« La difficulté, avec la politique des quartiers, c’est qu’elle ne peut marcher que si on traite tous les problèmes en même temps et non en saupoudrant, comme on le fait depuis des décennies » expliquait Natacha Polony en 2018 dans une de ses chroniques sur Sud Radio.

Vénissieux qui est entré en « politique de ville » depuis 1982 s’inscrit comme périmètre des quartiers politique de la ville depuis le décret du 30 décembre 2014 notamment pour les quartiers des Minguettes, Max-Barel/Duclos.
Le quartier des Minguettes est classé comme site d’intérêt national dans le programme national de renouvellement urbain paru au journal officiel le 7 mai 2015.

Une vaste opération de revalorisation globale des quartiers du plateau des Minguettes est en cours. Elle s’est traduite via un projet de requalification urbaine, de développement économique et de cohésion sociale. Cette démarche est transversale et partenariale.
De 2005 à 2017, 711 logements ont été démolis, 260 réhabilités et 543 nouveaux logements livrés. Trente-six opérations d’aménagements de proximité et seize opérations sur les équipements ont été réalisées, 7200 m2 de surface commerciale sont à recréer.
Ces opérations ont eu un coût de 170 M€.
A l’horizon 2040, un projet de renouvellement urbain a été lancé afin de faire participer pleinement le Plateau à l’enjeu d’affirmation de Vénissieux comme polarité urbaine d’agglomération en inscrivant le projet en cohérence avec les autres grands projets menés sur la Ville et le bassin de vie
(2).
Pour cela, la municipalité veut mailler le Plateau avec le centre-ville de Vénissieux en affirmant une urbanité classique, le long de rues, autour d’espaces publics et de places. Poursuivre la diversification de l’habitat par la construction de nouveaux logements et d’une offre de produits variée (location, accession à la propriété) permettant un parcours résidentiel. Permettre l’implantation d’équipements et le développement de projets économiques en élaborant une véritable stratégie à l’échelle du bassin de vie pour générer des créations d’emplois. Optimiser les qualités paysagères du site en affirmant sa trame verte et en réaménageant son grand parc central. 

Une convention ANRU pour la période 2018/2025 concernent deux secteurs prioritaires d’intervention. 

Sur Monmousseau-Balmes-Place du Marché :
L’objectif est de réussir l’accroche au centre-ville par le réaménagement du secteur. Pour cela il faudra compléter la continuité bâtie entrée le centre-ville et le plateau des Minguettes. Faciliter les circulations entre le centre et le plateau. Restructurer et diversifier la place du Marché

Sur la Darnaise - Porte Sud :
Il faut réussir une porte d’entrée sud sur Vénissieux, il faudra créer une porte d’entrée sud sur Vénissieux. Compléter et développer le pôle économique pour générer de l’emploi et ouvrir le parc sur le secteur.

Le 23 mai 2018 dans les colonnes du journal « Expressions de Vénissieux » Idir Boumertit (LFI) adjoint à la politique de ville déplorait « la fin d’une politique spécifique pour les quartiers » au profit d’une politique du droit commun. « Ce n’est pas la première fois qu’on remplace par de « la méthode » l’absence de mobilisation de moyens financiers », observe-t-il, comparant les annonces d’Emmanuel Macron au Plan Espoir banlieues du président Sarkozy, « qui n’avait de plan que le nom et devait déjà mobiliser essentiellement le droit commun ». Or, ajoute l’adjoint au maire, « c’est là que le bât blesse car les crédits Politique de la ville n’ont jamais servi qu’à compenser l’insuffisance des crédits de droit commun dans ces territoires, moins bien traités en moyenne que le reste de la République. Quand il s’agit d’autres politiques, conclut Idir Boumertit, on a moins de mal à rajouter des moyens supplémentaires ou faire des choix fiscaux très orientés comme la suppression de l’ISF ».

On pourrait rajouter que cette équation à plusieurs inconnues « faire mieux avec la même politique mais sans argent »  est insoluble. 
À cela il faut ajouter comme le signale le site : « Observatoire des inégalités » que moins d’un quart des personnes pauvres vivent dans un quartier dit « prioritaire » de la politique de la ville soit 4,8 millions sur 63,7 millions, soit 7,5 %. 

Dans les autres quartiers, la part de personnes pauvres est très élevée : 42 % en moyenne, plus de trois fois la moyenne nationale. Certains quartiers prioritaires connaissent des situations bien pires, avec des taux de 60 %, voire 70 %. Au total, deux millions de personnes pauvres vivent dans ces quartiers, moins du quart de l’ensemble (23 %) des plus modestes, si on utilise le seuil à 60 % du niveau de vie médian. Pas moins de 6,8 millions de pauvres (77 %) vivent hors de ces territoires.


Et que dire des thématiques de la politique de ville telles que : éducation, formation, implantation des entreprises dans les zones franches, préservation des services publics, dans des quartiers dont l’État se retire. 
Quid de la sécurité, de l’intégration, du communautarisme, de l’importance de recréer de l’emploi dans les villes moyennes, de cesser de concentrer la misère autour des grandes agglomérations.

« Ce n’est pas décourageant si on se montre volontariste. Il y a un discours politique à tenir, à la fois positif, qui garantisse l’attention de l’État pour tous les citoyens, où qu’ils vivent, et un discours ferme, qui refuse toute dimension victimaire mais rappelle que la loi vaut pour tous, parce que c’est ce que l’État doit aux citoyens les plus fragiles. Mais en France, on pêche souvent par hémiplégie » expliquait Natacha Polony dans sa rubrique à Sud Radio en 2018


Pour simple rappel, actuellement le plan « politique de la ville 2015/2020 » se décline en dix thèmes 

1. Lutter contre les inégalités de tous ordres, les concentrations de pauvreté et les fractures économiques, sociales, numériques et territoriales.

2.Garantir aux habitants des quartiers défavorisés l’égalité réelle d’accès aux droits, à l’éducation, à la culture, aux services et aux équipements publics.

3. Agir pour le développement économique, la création d’entreprises et l’accès à l’emploi par les politiques de formation et d’insertion professionnelles.

4. Agir pour l’amélioration de l’habitat.

5.Développer la prévention, promouvoir l’éducation à la santé et favoriser l’accès aux soins.

6. Garantir la tranquillité des habitants par les politiques de sécurité et de prévention de la délinquance.

7. Favoriser la pleine intégration des quartiers dans leur unité urbaine, en accentuant notamment leur accessibilité en transports en commun, leur mixité fonctionnelle et urbaine et la mixité de leur composition sociale ; elle veille à ce titre à la revitalisation et la diversification de l’offre commerciale dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville.

8. Promouvoir le développement équilibré des territoires, la ville durable, le droit à un environnement sain et de qualité et la lutte contre la précarité énergétique.

9. Reconnaître et à valoriser l’histoire, le patrimoine et la mémoire des quartiers.

10. Concourir à l’égalité entre les femmes et les hommes, à la politique d’intégration et à la lutte contre les discriminations dont sont victimes les habitants des quartiers défavorisés, notamment celles liées au lieu de résidence et à l’origine réelle ou supposée.

(1) Lors du dernier conseil municipal du 15 juillet, Pierre-Alain Millet adjoint au logement concernant une délibération accordant une garantie de prêt pour la construction de 90 logements sociaux aux « Grand Parilly » expliquait : « Nous manquons de logement sociaux, à Vénissieux, à Lyon, dans l’agglomération lyonnaise, comme dans toutes les métropoles en développement. Le nombre de demandeurs ne cesse d’augmenter, de 3000 en 2014 à 4500 aujourd’hui pour Vénissieux, la métropole est passée de 40 à 65000 dans la même période.

La moitié de ces demandes sont des demandes de mutation. C’est le premier besoin auquel nous n’arrivons pas à répondre. Des personnes âgées seules dans un T4 en étage veulent un logement plus accessible et... moins cher. Des familles qui au contraire se retrouvent en sur occupation après plusieurs naissances, et aussi des locataires qui veulent un meilleur logement, mieux placé, avec un balcon, ou qui ne veulent plus des étages, ou qui veulent changer de quartier. Toutes ces demandes sont légitimes. Mais le taux de rotation est au plus bas, car ceux qui demandent une mutation ne trouvent pas ce qu’ils cherchent et donc ne libèrent pas de logement !

L’autre moitié des demandeurs sont dans le privé, souvent mal logés, ou hébergés parce que leur emploi les a conduits à Lyon. Le niveau des loyers privés devient inaccessible. 70% des Français sont éligibles au logement social, 80% des vénissians. Heureusement que tous ne le demandent pas, sinon, la file d’attente exploserait. Mais ils sont de plus en plus nombreux à le demander. Faut-il leur dire d’aller voir ailleurs ? qu’ils doivent partir plus loin, ou attendre encore plus longtemps d’avoir un logement à Lyon ? Je ne comprends pas cet acharnement à refuser ce droit au logement pour des milliers de vénissians. Oui, il faut leur répondre et donc il faut construire du logement accessible, de qualité, diversifié, dans tous les quartiers, oui, il faut du logement social !

Certains prétendent qu’il en faudrait moins pour faire reculer les incivilités et permettre une mixité sociale qui serait la garante du bien vivre. Il suffit de constater ce qui s’est passé ces deux nuits dans toute l’agglomération pour réaliser que c’est une impasse. Croyez-vous vraiment que ceux qui ont organisé feux d’artifices sauvages, caillassage de policiers ou feux de véhicules sont tous dans le logement social ? Demandez aux syndics de copropriété et vous aurez la réponse, négative. La dérive de la société vers le chacun pour soi qui pousse certains à perdre tout sens civique, toute attention à leurs voisins est bien plus profonde.

On nous dit aussi, il faut cesser de construire du logement social car il faut cesser le bétonnage. On peut discuter du terme de bétonnage, mais ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas le logement social qui densifie la ville. Depuis des années, on n’en construit presque plus. Dans le PLUH, la métropole nous a accordé le droit de construire 200 logements pendant 2 ans, sachant qu’on va en démolir beaucoup plus et que la métropole compte les résidences seniors, étudiantes... Par contre, les promoteurs privés s’en donnent à coeur joie et il a fallu que l’équipe de Michèle Picard et son adjointe à l’urbanisme défende justement l’équilibre de nos quartiers dans le PLU-H !

Enfin, ce n’est pas la ville, mais la métropole qui demande une dérogation à l’ANRU pour avoir le droit de reconstruire une part des logements démolis, pour toutes les communes au-dessus de 50% SRU. Pourquoi ? Parce qu’elle sait très bien que 60% des locataires demandent de rester dans leur ville, et que sans reconstitution locale, cela deviendra impossible.

Toutes ces questions demandent de sortir des idées préconçues et des slogans électoraux. C’est pourquoi je propose à tous ceux que ça intéresse une réunion de travail avec l’AFCR, pour nous présenter les données détaillées du logement à Vénissieux et dans la métropole.
»

(2) A noter Lors du dernier conseil municipal de juillet 2020, à la demande de Monsieur le Préfet du Rhône, une première liste d’opérations susceptibles d’émarger à la Dotation de la Politique de la Ville (DPV) a été élaborée, en concertation avec les services de la ville.  C’est à l’unanimité des suffrages exprimés que la délibération présentée par Bayrem Braïki adjoint aux finances a été adoptée. Celle-ci prévoit dans ce cadre d’une part la création d’un équipement d’usage multiple avec bibliothèque et Espace polyvalent jeunes dans le quartier de la Pyramide et la réhabilitation de la résidence pour personnes âgées Henry Raynaud. Les propositions vénissianes se chiffrent à 2,9M€ avec une participation de la ville de 496 437 €.

Politique de ville, quels constats ?

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