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Actu-Vénissieux / Sports Vénissians

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Toute l'actualité de la vie sociale, économique, politique, sportive et culturelle de Vénissieux

La Légion du déshonneur

La Légion d’honneur est remise par l’État français aux militaires comme aux civils ayant rendu des services éminents à la Nation. Les étrangers qui se sont signalés par des services qu'ils ont rendus à la France ou aux causes qu'elle soutient peuvent aussi recevoir les insignes correspondant à une distinction de la Légion d’honneur.


Instituée le 10 mai 1802 par Napoléon Bonaparte, elle est délivrée par l’institution de l’ordre national de la Légion d’honneur qui sous l’égide du grand chancelier et du grand maître est chargée de délivrer la plus haute décoration honorifique française.
Depuis sa création environ un million de personnes ont été « épinglés ».

Si certains comme Bernard Clavel, Bernard Pivot, Brigitte Bardot l’ont refusé, d’autres comme Simone de Beauvoir, Frédéric Dard l’ont brocardé.
Parmi les étrangers, John Galliano, Harry Weinstein, ou Lance Armstrong se sont vus retirés leur insigne pour comportement indigne à l’honneur. 

D’autres pourtant, bien plus sanguinaires figurent encore parmi les récipiendaires comme c’est le cas de Nicolas Ceausescu le « conducatore » roumain ou Franco le général félon et fasciste.


En 1928, ce dernier fut fait officier par le ministre de la Guerre, André Maginot, pour avoir créé la première école militaire espagnole à Saragosse.
En 1930, c'est Pétain, alors ambassadeur de France à Madrid, qui est intervenu pour que lui soit attribué le grade de commandeur.
Ils s'étaient connus lors de la guerre coloniale oubliée du Rif. Franco était peut-être en 1928 ou 30 une personne « honorable », même si, avec Philippe Pétain, il avait passé les troupes indigènes du Maroc espagnol et français au napalm.

Franco avec l’aide matérielle et militaire du IIIe Reich allemand d’Adolf Hitler et du régime fasciste italien de Benito Mussolini avait fomenté avec d’autres généraux félons le coup d’État de 1936.
Un putsch qui vint au bout de 3 ans de guerre fratricide la IIe République Espagnole et de son gouvernement du Front populaire légitimement élu.

Un acte de félonie perpétré sans que les rodomontades des démocraties telles que la France, la Grande-Bretagne ou les USA ne se traduisent qu’en reculades de peur de déclencher un conflit mondial. La guerre d'Espagne ayant servie à ces nations à la préparation du conflit mondial.
Seules l’URSS, les Brigades internationales et d’autres pays comme le Mexique viendront à l’aide de la jeune République espagnole luttant contre le fascisme international. 

Le comble se produira lorsqu’en avril 1939, Franco vaincra et que la Grande Bretagne de Neville Chamberlain et la France d’Édouard Daladier, vous savez ces politiques qui s’étaient agenouillés devant Hitler lors des accords de Munich, reconnaîtront ce qui deviendra une dictature autarcique. 

Septembre 1939 viendra vite et, Franco responsable de la mort d’un million d’Espagnols soutiendra mollement le IIe Reich en envoyant la sinistre « Division Azul » combattre sur le Front de l’Est.

À la fin de la IIe Guerre Mondiale, de nombreux républicains espagnols engagés dans la Résistance aux Nazis et dans l’armée française libre notamment dans la 2e division blindée du Maréchal Leclerc (dont le célèbre bataillon « Nueve » qui sera le premier à libérer Paris) seront meurtris en constatant que Franco reste en place à Madrid, avec l’appui cette fois-ci des USA et de la Grande-Bretagne. Qui guerre froide oblige préféreront un dictateur sanguinaire à un mouvement populaire socialiste au pouvoir dans le sud de l’Europe.


Franco continuera ses exactions contre la liberté de nombreux Espagnols. Exactions auxquelles s’ajoutera une famine, conséquence non pas des effets de la guerre civile, mais du système autarcique mis en place par « el Caudillo ». Tout cela évidemment rosette au revers de sa veste.


En 2016, c’est en lisant « « Un été impardonnable, 1936 : : la guerre d'Espagne et le scandale de la non-intervention de Gilbert Grellet » que Juan Ocaña découvre que le dictateur espagnol était récipiendaire de la Légion française.
Cet ex-consul honoraire d’Espagne à la retraite,vivant à Arsillagues près de Mazamet, entame alors une procédure en mémoire de ses parents pour que cette « médaille du déshonneur » soit retirée au dictateur. 

« Je croyais qu’il suffisait de le demander pour que cela soit fait » confie-t-il au mois de janvier 2020 à Lluis Miguel Pascual de l’agence espagnole EFE.

Son combat se transforme alors en lutte du pot de terre contre le pot de fer.

Juan Ocaña qui a obtenu la nationalité française en 1956, pensait que cette procédure serait un jeu d’enfants. Pour lui, la France, patrie des droits de l’homme allait réagir promptement.
Il envoya un courrier à la Chancellerie de la Légion d’honneur. La réponse ne tarda pas, celle-ci expliquait qu’elle ne pouvait pas retirer cette décoration à un des récipiendaires décédés.

« J’ai cru tomber à la renverse. J’ai pensé à mon père qui a combattu dans les troupes françaises après avoir quitté l’Espagne en 1939. Lui qui a été au camp de Mauthausen. Qui a obtenu des médailles militaires mais pas la Légion d’honneur. Je crois que si mon père l’avait eu. Je serais monté à Paris illico pour la rendre à la Chancellerie. » expliquait-il à notre confrère.


L’Espagne qui s’est dotée en 2007 d’une loi sur la « mémoire histoire » a voulu fermer les blessures de cette guerre fratricide. Sauf que de nombreux personnages peu recommandables ont exercé, ont été honorés, ont profité de la vie et sont morts tranquillement dans leurs lits. Tandis que d’autres ont tout perdu.
Ce n’est que tout récemment après une longue, longue bataille juridique et législative que le cercueil mortuaire du dictateur a été expulsé du sinistre « Valle de los Caidos » monument pompeux construit par les prisonniers républicains non loin de Madrid pour les victimes de la guerre civil.
 

L’argument de la Chancellerie : « Depuis notre création, toute procédure disciplinaire exige la présence du décoré pour lui permettre de se défendre » ne convainquit par Juan Ocaña. 
Sophia Taloudi l’avocate de Juan, contredit cet argument. Elle considère que celui a été écrit pour les personnalités françaises et non étrangères.

Armés de ces bonnes résolutions juridiques, Juan et son avocate ont porté l’affaire en justice. En février 2018, le tribunal administratif de Paris ne leur donna pas raison.

Durant le jugement, le procureur affirma que si on enlevait la décoration à Franco, l’État ouvrirait la « boîte à Pandore » à une infinie demande de retrait.
Car cette décoration a été aussi attribuée à de nombreux chefs d’États africains peu recommandables, au « conducatore » roumain Nicolas Ceausescu et plus récemment au Syrien Bachar El Assad. Ce dernier l’ayant refusé, lorsque la France l’a accusé d’avoir bombardé son peuple et que celle-ci avait commencé la procédure pour lui enlever.


La sentence de la Chancellerie ne découragea pas Juan Ocaña.  
Fait étonnant, un mois plus tard, l’institution d’attribution de la Légion d’honneur convainc le président Emmanuel Macron, à ce qu’il signe un décret pour amender les normes pour une décoration de plus de deux siècles.

L’article 135-6 affirme qu’aucune action de retrait de la Légion d’honneur ne peut être instruite contre une personne décédée.

« Ils ont changé les règles en cours du procès. C’est une reconnaissance explicite de notre démarche. » assurait à notre confrère l’avocate

« Baisser les bras, il n’en est pas question » ajoute Juan qui espère percer le blindage imposé par la loi aux récipiendaires décédées. Il appelle à la bonne volonté de personnalités françaises notamment auprès des Grands commandeurs de la Légion d’honneur afin que ceux-ci essayent de convaincre le président de la nécessité d’effacer ce que Juan considère comme une mauvaise image donnée par la France

« Pour moi c’est une lutte pour la dignité. Un combat de chaque instant tant que je mènerais tant que j’aurais la santé » concluait Juan Ocaña

Le philosophe américain Georges Santaya avait écrit en 1905 : « Le plus loin vous pourrez regarder dans le passé et le plus loin vous verrez dans l'avenir. » Et Karl Marx quant à lui a dit ceci : « L’histoire se répète toujours deux fois, la première comme une tragédie, la seconde comme une farce. »

Philippe Pétain et Franscisco Franco - Image d'archives

Philippe Pétain et Franscisco Franco - Image d'archives

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